Publié par Sherry Cooper
Les données de février de l’Enquête sur la population active au Canada sont bien plus faibles que prévu, avant le début de la guerre en Iran.
Le rapport sur l’emploi au Canada est bien plus faible que prévu en février
Les nouvelles données de l’Enquête sur la population active révèlent une grande faiblesse le mois dernier, avant même que la guerre dans le golfe Persique n’affecte l’économie mondiale. L’emploi a chuté de 83 400, après avoir déjà baissé en janvier (−25 000; −0,1 %). C’est la plus forte baisse de l’emploi depuis plus de quatre ans. Par rapport à un an plus tôt, l’emploi a peu varié en février 2026.
En février, le taux d’emploi – la proportion de la population âgée de 15 ans et plus qui occupe un emploi – a diminué de 0,2 point de pourcentage pour s’établir à 60,6 %, ce qui représente une deuxième baisse mensuelle d’affilée. Le taux d’emploi en février était légèrement supérieur au récent creux de 60,5 % enregistré en août 2025, et il était en baisse de 0,4 point de pourcentage par rapport à un an plus tôt.
Le nombre de personnes travaillant à temps plein a diminué de 108 000 (−0,6 %), ce qui a contrebalancé l’augmentation enregistrée au cours des deux mois précédents. Le nombre de personnes travaillant à temps partiel a peu varié en février.
Le nombre d’employés du secteur privé a reculé de 73 000 (−0,5 %) en février, ce qui représente une deuxième baisse mensuelle consécutive. Ces diminutions ont contrebalancé les hausses enregistrées en octobre et en novembre 2025. Par rapport à 12 mois plus tôt, le nombre d’employés du secteur privé était pratiquement inchangé en février.
Le nombre d’employés du secteur public et le nombre de travailleurs autonomes ont peu varié le mois dernier.
Le taux de chômage a progressé de 0,2 point de pourcentage pour s’établir à 6,7 % en février, en raison d’une baisse de l’emploi et d’une hausse du nombre de personnes à la recherche de travail. Le taux de chômage est resté pratiquement inchangé par rapport à 12 mois plus tôt (lorsqu’il était à 6,6 %) et il est demeuré inférieur au récent sommet de 7,1 % enregistré en août et en septembre 2025.
Le taux d’activité – la proportion de la population âgée de 15 ans et plus qui occupe un emploi ou est à la recherche de travail – a reculé de 0,1 point de pourcentage pour s’établir à 64,9 % en février. Il était en baisse de 0,4 point de pourcentage par rapport à un an plus tôt.
En février, des reculs de l’emploi ont été observés dans les secteurs de services (−56 000; −0,3 %) et les secteurs de biens (−28 000; −0,7 %).
Dans les secteurs de services, la plus forte baisse a été enregistrée dans le secteur du commerce de gros et de détail (−18 000; −0,6 %). L’emploi dans ce secteur a suivi une tendance à la baisse depuis octobre 2025, affichant une diminution cumulative de 52 000 (−1,7 %) au cours de cette période.
Dans les secteurs de biens, l’emploi a diminué légèrement dans la construction (−12 000; −0,7 %) et dans la fabrication (−9 200; −0,5 %) en février. Par rapport à un an plus tôt, l’emploi a peu varié dans la construction, alors qu’il a reculé de 52 000 (−2,8 %) dans la fabrication.
En somme
Le rapport d’aujourd’hui sur l’emploi est déjà obsolète, car la guerre en Iran – qui a commencé le 28 février par des frappes américaines et israéliennes coordonnées visant l’infrastructure nucléaire et militaire de l’Iran – a eu de profonds effets sur l’économie mondiale. En raison de la fermeture du détroit d’Hormuz, les approvisionnements en pétrole sont en baisse de quelque 20 millions de barils. Malgré la plus grande quantité jamais puisée dans les réserves stratégiques de pétrole, les prix pétroliers sont à près de 100 $ le baril, en hausse spectaculaire par rapport à seulement deux semaines plus tôt.
Habituellement, une grande faiblesse économique inciterait un assouplissement de la politique de la banque centrale. Cependant, la flambée des prix de l’énergie alimentera l’inflation, au moins temporairement. Les marchés du travail restent affaiblis alors que l’économie souffre sous le poids des tarifs douaniers américains et qu’une imminente révision de l’ACEUM inquiète les entreprises. Le tout compliquera sûrement la trajectoire de la politique monétaire de la Banque du Canada. La Banque envisagerait normalement une baisse de taux d’intérêt pour stimuler la croissance et les marchés du travail, mais la montée des prix pétroliers est inflationniste.
L’unique mandat de la Banque du Canada est de ramener l’inflation à la cible de 2 %, alors que le mandat de la Fed américaine est de maîtriser l’inflation tout en maximisant une croissance non inflationniste. Le choc énergétique, s’il persiste, pourrait justifier une hausse de taux.
La Banque du Canada se réunit mercredi prochain, 18 mars. Les marchés et les économistes s’attendent à ce qu’elle maintienne le taux directeur à 2,25 %. Le rapport sur l’inflation au Canada en février sera publié lundi, mais les données seront déjà dépassées compte tenu de la guerre. On sait déjà que le salaire horaire moyen des employés permanents à temps plein est en hausse de 4,2 % par rapport à un an plus tôt, contre 3,3 % en janvier. Des économistes sondés s’attendaient à une augmentation de 3,2 %.
Il sera important de voir combien la guerre durera. D’après le Wall Street Journal d’aujourd’hui, les marchés pétroliers doivent composer avec une nouvelle réalité : la perturbation des prodigieuses sources d’énergie du golfe Persique ne se réglera pas rapidement. De nombreux analystes estiment que le brut pourrait atteindre de nouveaux sommets si le conflit dure.
« Cette semaine, Goldman Sachs a majoré ses prévisions du cours du pétrole en évoquant une perturbation plus longue que prévu, note le journal. La banque pense que le Brent pourrait atteindre une moyenne de 145 $ en mars et avril, dans un scénario plus extrême. Elle prévoit aujourd’hui que la perturbation des volumes passant par le détroit durera 21 jours, contre 10 jours précédemment. Le groupe Macquarie prédit pour sa part que les prix du brut pourraient dépasser les 150 $ si le détroit reste fermé quelques semaines. D’autres pensent que les prix pétroliers pourraient même dépasser ces niveaux. »
Une des raisons de l’évolution des prévisions est la forte augmentation des attaques sur des pétroliers près du détroit. Depuis 24 heures, au moins sept navires ont été frappés dans les eaux au large des côtes de Dubaï et de l’Iraq. Un des navires, un pétrolier étranger transportant du mazout iraquiens, était en flammes dans les eaux iraquiennes. Des responsables américains ont affirmé que l’Iran a commencé à joncher le détroit de mines marines, ce qui pourrait donner au pays un pouvoir démesuré de semer le chaos dans l’économie mondiale. »
« La guerre au Moyen-Orient crée la plus forte perturbation de l’approvisionnement dans l’histoire du marché mondial du pétrole », affirmait jeudi l’Agence internationale de l’énergie alors qu’elle réduisait sensiblement sa prévision de l’augmentation de l’offre de pétrole cette année.