Publié par Sherry Cooper
Quelle récession? Les données de mai sur l’emploi au Canada sont formidables.
Fi des soucis de récession, les données de mai sur l’emploi au Canada sont formidables
L’emploi au Canada a bondi de 87 800 en mai, la meilleure performance depuis 2024. Les derniers résultats de l’Enquête sur la population active dissipent les soucis de récession, mais laissent la possibilité que la Banque du Canada décrète une hausse de taux d’intérêt cette année ou l’an prochain si l’inflation continue d’inquiéter. L’économie canadienne continue de se montrer résiliente face aux tarifs douaniers et aux augmentations des prix pétroliers.
Le gain global de l’emploi, dans le contexte d’une hausse de 3 800 de la population active, a suffi à faire baisser le chômage de trois points de base, à 6,6 %. Le taux de chômage reste entre 6,5 % et 7,0 % depuis un an. Le taux d’emploi a progressé de 0,2 point de pourcentage, à 60,7 %.
Les détails du dernier rapport sur l’emploi sont aussi plus forts que prévu. Le taux de chômage des jeunes a diminué de 0,9 point de pourcentage pour s’établir à 13,4 %. Le taux a aussi reculé chez les femmes du principal groupe d’âge actif (−0,4 point de pourcentage pour s’établir à 5,5 %) et chez les hommes du principal groupe d’âge actif (−0,4 point de pourcentage pour s’établir à 5,7 %).
Des hausses de l’emploi ont été observées dans plusieurs secteurs, notamment dans la construction (+27 000; +1,7 %), dans l’information, la culture et les loisirs (+19 000; +2,3 %), dans le transport et l’entreposage (+19 000; +1,7 %) et dans les services d’hébergement et de restauration (+17 000; +1,5 %). En revanche, l’emploi a diminué dans le commerce de gros et de détail (−35 000; −1,2 %).
L’emploi a aussi progressé dans le secteur de la fabrication (+15 000; +0,8 %) en mai. L’emploi dans ce secteur a peu varié par rapport à 12 mois plus tôt, mais il est en baisse de 44 000 (−2,3 %) par rapport à janvier 2025. Le secteur de la fabrication a été confronté à une incertitude économique accrue depuis le début de 2025, en raison des politiques tarifaires des États-Unis.
L’emploi a progressé en Ontario (+42 000; +0,5 %), en Colombie-Britannique (+25 000; +0,9 %), en Alberta (+14 000; +0,5 %) et à l’Île-du-Prince-Édouard (+1 200; +1,3 %), tandis qu’il a reculé en Saskatchewan (−6 100; −1,0 %).
En mai, le salaire horaire moyen des employés a augmenté de 3,0 % (+1,10 $ pour atteindre 37,24 $) par rapport à un an plus tôt, après avoir progressé de 4,5 % en avril (données non désaisonnalisées).
La progression constatée en mai est la première augmentation notable de l’emploi depuis novembre 2025. L’augmentation de mai fait suite à la baisse nette de 112 000 (−0,5 %) enregistrée au cours des quatre premiers mois de 2026. Par rapport à un an plus tôt, l’emploi était en hausse de 147 000 (+0,7 %) en mai.
Le nombre de personnes travaillant à temps plein a augmenté de 154 000 (+0,9 %) en mai. La hausse observée au cours du mois a contrebalancé la tendance à la baisse enregistrée de janvier à avril, quand le nombre de travailleurs à temps plein a diminué de 156 000 (−0,9 %). En mai, l’emploi à temps partiel a reculé de 66 000 (−1,7 %).
L’emploi a augmenté en mai tant dans le secteur privé (+56 000; +0,4 %) que dans le secteur public (+20 000; +0,4 %). Le nombre de travailleurs autonomes a peu varié.
Depuis le printemps 2024, le taux de chômage est demeuré supérieur à sa moyenne observée de 2017 à 2019 (6,0 %), avant la pandémie de COVID−19. Le taux de chômage a atteint un sommet récent de 7,1 %, en août et septembre 2025.
Le taux d’obtention d’un emploi a progressé en même temps que l’emploi en mai : un peu plus du quart (26,3 %) des personnes qui étaient au chômage en avril ont trouvé du travail en mai. Cette proportion est en hausse de 3,7 points de pourcentage par rapport à la même période un an plus tôt, mais demeure inférieure à la moyenne prépandémie observée pour les mois correspondants de 2017 à 2019 (31,5 %). Parallèlement, le taux de mise à pied est demeuré relativement stable, à 0,6 %, ce qui est presque inchangé par rapport à un an plus tôt et comparable à la moyenne d’avant la pandémie (données non désaisonnalisées).
Le taux de chômage dans la région métropolitaine de recensement de Toronto a reculé de 1,1 point de pourcentage pour s’établir à 6,8 % en mai, ce qui représente son plus faible niveau depuis novembre 2023. Le taux en mai 2026 était en baisse par rapport au récent sommet de 9,0 % enregistré en mai 2025 et en juillet 2025. Les baisses récentes observées à Toronto ont rapproché son taux de chômage du taux observé à Montréal (6,5 %) et à Vancouver (6,4 %) en mai 2026.
Le taux de chômage a aussi reculé à Montréal (−1,2 point de pourcentage) en mai, ce qui a contrebalancé en grande partie la hausse enregistrée au cours du mois précédent. À Vancouver, le taux de chômage a diminué de 0,6 point de pourcentage pour s’établir à 6,4 %. Tant à Montréal qu’à Vancouver, le taux de chômage en mai était pratiquement inchangé par rapport à un an plus tôt.
Par ailleurs, l’embauche a aussi bondi aux États-Unis en mai, ce qui augmente la probabilité d’une hausse de taux de la Fed. Les actions et les obligations ont chuté, tant au Canada qu’aux États-Unis. La croissance de l’emploi aux États-Unis a surpassé toutes les prévisions en mai, et le taux de chômage s’est maintenu à 4,3 %. C’est l’indication la plus claire jusqu’à présent de la fin d’une longue période de faible embauche.
Le nombre de salariés non agricoles a augmenté de 172 000 le mois dernier, et l’embauche était plus forte en mars et avril que ce n’avait été rapporté précédemment, selon les données de vendredi du Bureau of Labour Statistics. Tout considéré, les chiffres reflètent la plus grande progression sur trois mois depuis plus de deux ans.
En somme
Les données éclatantes sur l’emploi, dans le contexte du risque d’inflation par suite des tarifs douaniers élevés et de la guerre en Iran qui bloque le détroit d’Ormuz, perturbent le marché aussi bien des actions que des obligations.
La faiblesse relative du marché du travail canadien dissuadera la Banque du Canada de resserrer la politique monétaire trop tôt. Assurément, l’inflation continue de menacer. Les prix majorés de l’énergie se répercutent dans le prix d’un éventail de biens et services. La Banque hésitera à réagir en haussant le taux d’intérêt dans ses quelques prochaines annonces.
Les négociations commerciales accélèrent, et l’avenir de l’ACEUM est en jeu. Il est difficile d’imaginer que la Banque du Canada resserrerait sa politique quand le marché du logement est si faible. Des données préliminaires indiquent que l’activité immobilière a augmenté en mai, mais le secteur reste exposé à une hausse des taux d’intérêt. La Fed et la Banque du Canada sont restées discrètes jusqu’à présent cette année, mais les taux du marché ont augmenté considérablement en raison de la forte hausse des pressions inflationnistes. Le logement est une composante bien plus importante de l’activité économique au Canada qu’aux États-Unis. La Banque du Canada sera donc particulièrement réticente à resserrer la politique monétaire. Nous estimons que des hausses de taux des banques centrales du Canada et des États-Unis sont improbables cette année.