Publié par Sherry Cooper
La Banque du Canada a maintenu le taux directeur à un jour à 2,25 % pour la cinquième réunion de suite.
La Banque du Canada laisse le taux directeur inchangé
Aujourd’hui, la Banque du Canada a de nouveau maintenu le taux directeur à 2,25 %. C’est le minimum de la plage que la Banque considère comme un taux neutre, où la politique monétaire n’induit ni expansion ni contraction de l’économie. Alors que l’inflation est autour de 2,8 %, avec une inflation fondamentale ramenée à 2,0 % (données d’avril), le Conseil de direction considère que le taux directeur actuel est approprié, tandis que la Banque continue de guetter les effets inflationnistes de la guerre en Iran. La guerre en est à son quatrième mois, et les prix pétroliers ainsi que les taux d’intérêt ont grimpé en conséquence. La guerre perturbe les chaînes d’approvisionnement, affaiblit l’activité économique et fait monter l’inflation. En même temps, l’administration américaine continue de proposer de nouveaux droits de douane, et l’avenir de l’ACEUM reste incertain.
Les négociations sur l’ACEUM sont en cours, mais il est peu probable qu’elles se poursuivront au-delà du 1er juillet, date obligatoire de la révision officielle aux termes du traité. À cette date, les États-Unis, le Canada et le Mexique sont chacun censés déclarer s’ils veulent reconduire le traité pour une nouvelle période de 16 ans (jusqu’en 2036), le renégocier ou refuser de le renouveler. Les trois pays paraissent destinés à rater la date du 1er juillet pour le renouvellement, et les négociations devraient s’étirer pendant des mois, voire des années. Rater la date ne signifie pas la fin du traité. Si les trois ne s’entendent pas sur une reconduction intégrale de 16 ans, l’accord reste en vigueur et passe à un mécanisme de révisions annuelles qui peuvent continuer jusqu’à dix ans. Le traité n’expire officiellement que le 1er juillet 2036 à moins qu’une partie ne s’en retire entièrement. De dire le représentant au commerce des États-Unis, Jamieson Greer : « Je ne pense pas que nous allons le reconduire entièrement [le 1er juillet], mais nous allons entamer des négociations distinctes ». Il signalait ainsi que la date est un point de départ, et non une conclusion définitive. Après avoir rencontré Greer à Washington, Dominic LeBlanc, ministre responsable du commerce avec les États-Unis, a estimé que le 1er juillet « ne devrait pas être considéré comme une date cruciale ». Les responsables mexicains et américains affirment que la portée et la complexité des enjeux – règles d’origine pour les autos, tarif douanier de 50 % au titre de l’article 232 pour l’acier et l’aluminium – font qu’une résolution d’ici le 1er juillet est improbable.
Au Canada, alors que les données du premier trimestre sur le PIB révélaient une légère contraction, la croissance économique a été solide aux États-Unis à la faveur des dépenses de consommation et des investissements liés à l’IA. Dans la zone euro, la croissance est faible, les prix plus élevés de l’énergie pesant sur l’activité. En Chine, la croissance économique continue d’être soutenue par des exportations vigoureuses, tandis que les importations de pétrole ont sensiblement ralenti. La destruction de la demande de pétrole est évidente, la Chine ayant choisi de limiter sa consommation d’énergie et de puiser dans ses réserves.
Les conditions financières au Canada se sont assouplies depuis la publication du Rapport sur la politique monétaire (RPM) d’avril. Les marchés boursiers mondiaux ont connu un essor. Les rendements obligataires, quoique volatils, ont généralement augmenté. Le dollar canadien s’est affaibli face au dollar américain et à d’autres monnaies.
L’économie canadienne s’est contactée au dernier trimestre de 2025. Elle s’est encore affaiblie légèrement au T1 2026, mais de nouvelles données indiquent que les résultats du T1 étaient affectés par la poussée de 10 % des importations. Or, la tendance a été inversée selon les chiffres qui viennent d’être publiés sur le commerce de marchandises en avril. Selon l’estimation préliminaire du PIB en avril, il y aurait une augmentation de 0,4 % d’un trimestre à l’autre (ou de 1,6 % sur un an). La banque centrale prévoit que la croissance rebondira au T2, bien que l’économie devrait rester en situation d’offre excédentaire.
Comme prévu, l’inflation de l’IPC au Canada a augmenté, atteignant 2,8 % en avril. Les mesures de l’inflation fondamentale sont descendues autour de 2 %, et la part des composantes de l’IPC dont la croissance est supérieure à 3 % est proche de sa moyenne historique. Le taux d’augmentation des prix des aliments s’est modéré mais demeure élevé, tandis que celui des frais de logement a continué de ralentir. Comme les cours mondiaux du pétrole sont encore élevés, soit environ 10 $ le baril au-dessus du prix postulé dans le RPM d’avril, l’inflation globale devrait se maintenir autour de 3 % à court terme, avant de descendre graduellement vers 2 %.
Par ailleurs, le rapport sur l’inflation de l’IPC aux États-Unis en mai a été publié ce matin :
- L’inflation aux États-Unis a de nouveau accéléré en mai, la guerre en Iran faisant grimper les prix de l’énergie davantage que les salaires, pour un deuxième mois de suite. L’IPC américain est 4,2 % plus élevé qu’un an plus tôt, la plus forte augmentation depuis 2023.
- L’IPC excluant l’alimentation et l’énergie a augmenté de 0,2 % par rapport à avril, soit un peu moins que les prévisions, ce qui allégera un peu les débats à la Fed.
- L’indice de l’énergie a gagné 3,9 % en mai, représentant plus de 60 % de l’augmentation mensuelle générale.
- D’autres catégories ont moins augmenté, ou même ont diminué : les prix des produits d’épicerie ont augmenté de 0,1 %, alors que les services de transport, l’assurance santé et les prix des nouveaux véhicules ont baissé.
- L’étendue des augmentations de prix a aussi diminué, indiquant que l’inflation a probablement plafonné.
- Le S&P 500 a ouvert en baisse, et les bons et obligations du Trésor ainsi que le dollar ont vacillé.
Globalement, le rapport d’aujourd’hui sur l’IPC aux États-Unis indique clairement que les consommateurs réduisent les dépenses non essentielles, résistant aux tentatives des entreprises de hausser les prix. Voilà qui devrait atténuer le risque de hausses de taux de la Fed à la suite du rapport exceptionnel sur l’emploi en mai. Bloomberg News s’attendrait toujours à ce que la Fed laisse les taux inchangés lors de sa réunion du 12 juin, et réduise son taux des fonds à un jour de 25 points de base au T4 2026.
En somme
La Banque du Canada a démontré sa disposition à soutenir l’économie canadienne dans un contexte d’incertitude inédite et de choc pétrolier record. Le gouvernement canadien a pris des mesures pour alléger le fardeau des prix élevés pour les Canadiens, en éliminant temporairement la taxe d’accise sur le carburant. Par ailleurs, le premier ministre Carney s’emploie à diversifier le commerce canadien pour qu’il dépende moins des États-Unis. La stratégie a jusqu’à présent connu un succès remarquable. Comme l’indiquent les graphiques ci-dessous, la diversification des exportations canadiennes prend de l’élan. De plus, les importations de biens viennent moins des États-Unis et davantage du reste du monde.
Nous continuons de croire que la Banque du Canada maintiendra les taux tels quels cette année. Si l’inflation prend de l’ampleur et accélère, des hausses de taux sont possibles, mais ce n’est pas notre prévision de référence. La Banque du Canada sera réticente à resserrer sa politique alors que le marché du logement est faible. L’activité immobilière s’est renforcée en mai, mais elle reste timide et les améliorations de l’abordabilité perdront sans doute leur effet dans les prochains mois, alors qu’avec les tensions commerciales et la guerre, les prix pétroliers et les taux d’intérêt resteront élevés.