Publié par Sherry Cooper
L’économie du Canada a régressé de 0,6 % au T4, ramenant la croissance du PIB réel à 1,7 % en 2025..
L’économie canadienne se contracte de 0,6 % au T4, par suite d’une réduction des stocks des entreprises
Statistique Canada rapportait ce matin qu’au T4, l’économie canadienne s’est contractée de 0,6 % (taux annuel désaisonnalisé), un revirement important par rapport à l’expansion de 2,4 % enregistrée au T3. Le ralentissement reflète une forte réduction des stocks des entreprises partiellement compensée par des augmentations des dépenses des ménages, des exportations et des dépenses gouvernementales en immobilisations.
Les économistes sondés par Bloomberg s’attendaient à une baisse de 0,2 % (taux annualisé) au dernier trimestre de 2025, alors que la Banque du Canada prévoyait une croissance nulle.
Les tarifs douaniers américains ont miné les exportations canadiennes une bonne partie de l’année. Le PIB réel a augmenté de 1,7 % en 2025, la plus faible croissance annuelle depuis la contraction de 2020, du fait de la pandémie de COVID. La baisse des exportations, notamment celles vers les États-Unis, a été le principal facteur à l’origine du ralentissement de la croissance du PIB en 2025.
Selon une estimation préliminaire, le PIB réel est resté inchangé en janvier. Il avait augmenté de 0,2 % en décembre, soit d’un peu plus que le 0,1 % qu’entrevoyaient les économistes.
Les exportations ont augmenté de 1,5 % au quatrième trimestre, après avoir progressé de 0,9 % au troisième trimestre. La croissance observée au quatrième trimestre est principalement attribuable à la hausse des exportations d’or sous forme brute et des exportations d’aluminium et d’alliages d’aluminium sous forme brute. Même si elles ont augmenté durant la deuxième moitié de l’année, les exportations ont reculé de 1,7 % en 2025, les expéditions vers les États-Unis ne s’étant pas entièrement redressées à la suite de la baisse enregistrée au deuxième trimestre.
Les importations ont affiché une légère hausse de 0,3 % au quatrième trimestre, la croissance des importations d’ordinateurs, de vêtements et chaussures ainsi que de minerais ayant été en grande partie contrebalancée par la diminution des importations de produits pharmaceutiques et médicinaux. Dans l’ensemble, les importations ont reculé de 0,4 % en 2025, sous l’effet de la baisse observée au troisième trimestre (−2,9 %).
Le gain plus fort que prévu au T3 ne se répétera pas au T4. Selon l’estimation anticipée de Statistique Canada, la croissance du PIB industriel sera de −0,3 % (taux mensuel) en octobre.
Le niveau actuel du taux directeur, à 2,25 %, est toujours un stimulant, mais l’économie canadienne restera en situation précaire jusqu’à ce que soit connue l’issue probable des négociations commerciales avec les États-Unis. Il reste à voir si l’accord de libre-échange États-Unis–Canada–Mexique sera prolongé au-delà de cette année. Dans le cas contraire, le Canada sera bien contraint de repenser foncièrement sa politique commerciale, en cherchant des marchés de remplacement pour ses exportations.
Les dépenses des ménages ont progressé de 0,4 % au quatrième trimestre, après avoir diminué de 0,2 % au troisième trimestre. La hausse des dépenses au chapitre des loyers et des services financiers au quatrième trimestre a été en partie contrebalancée par la baisse des dépenses au chapitre des véhicules automobiles neufs et des boissons alcoolisées, les dépenses globales en biens ayant reculé pour un deuxième trimestre consécutif.
Sur une base annuelle, les dépenses de consommation finale des ménages se sont accrues de 2,3 % en 2025, ce qui est comparable à la hausse de 2,2 % enregistrée pour chacune des deux années précédentes. La croissance observée en 2025 est principalement attribuable à l’augmentation des dépenses des ménages aux chapitres des services financiers et des loyers.
Les dépenses en immobilisations totales ont augmenté de 0,8 % au quatrième trimestre, principalement sous l’effet de la hausse des investissements des administrations publiques dans les systèmes d’armes. En revanche, les dépenses en immobilisations des entreprises ont affiché une légère baisse de 0,1 % au quatrième trimestre, les investissements résidentiels autant que non résidentiels ayant reculé. Ces baisses ont été atténuées par l’augmentation des investissements des entreprises en machines et matériel, principalement des ordinateurs (+19,6 %), et en produits de propriété intellectuelle, à savoir des logiciels (+0,7 %).
Sur une base annuelle, les dépenses en immobilisations totales ont augmenté de 1,4 % en 2025, sous l’effet notamment de la hausse des investissements des administrations publiques au chapitre des systèmes d’armes (+45,9 %) et des ouvrages de génie (+6,7 %). Les investissements des entreprises ont progressé de 0,3 % en 2025, car la croissance des investissements en construction résidentielle (+1,0 %) et en construction non résidentielle (+1,6 %) a été contrebalancée en grande partie par la baisse des investissements en machines et matériel (−3,5 %). L’année 2025 est la troisième année consécutive au cours de laquelle les dépenses en immobilisations des administrations publiques ont contribué davantage à la croissance du PIB que les dépenses en immobilisations des entreprises.
L’investissement résidentiel des entreprises a reculé au quatrième trimestre, principalement sous l’effet de la baisse des coûts de transfert de propriété (−2,4 %) – une mesure de l’activité sur le marché de la revente – et de la diminution des rénovations (−1,3 %). Les nouvelles constructions (−0,5 %) ont également reculé au quatrième trimestre, en raison de la diminution des travaux de mise en place pour des logements individuels et des appartements.
Cependant, l’investissement résidentiel des entreprises a affiché en 2025 sa première croissance annuelle depuis 2021, l’augmentation observée au chapitre des nouvelles constructions (+1,0 %) et des rénovations (+2,7 %) ayant plus que contrebalancé la diminution des coûts de transfert de propriété (−3,4 %).
En somme
La croissance plus faible que prévu du PIB au T4 pourrait normalement inciter la Banque du Canada à assouplir sa politique, mais son Conseil de direction a clairement indiqué qu’il reste préoccupé par l’inflation. L’incertitude liée aux tarifs douaniers est particulièrement élevée aujourd’hui que la Cour suprême a invalidé le recours par l’administration Trump à l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA) pour imposer des tarifs à volonté. Sa décision supprime le fondement juridique d’un axe central de la stratégie commerciale de l’administration.
Le jugement exclut la façon la plus rapide d’imposer de vastes droits de douane à des pays, mais il ne met pas fin au débat. D’autres pouvoirs législatifs peuvent être invoqués, si bien que les entreprises et les pays partenaires commerciaux restent dans l’incertitude quant à la suite.
Le jugement survient à un moment où des pressions politiques soutenues s’exercent au sujet de l’abordabilité. Ce facteur pourrait déterminer à quel point les outils de la politique commerciale seront remis en jeu. Même si les tarifs douaniers baissent, les entreprises doivent maintenant évaluer la probabilité que d’autres pouvoirs soient utilisés pour les rétablir. Pour l’économie réelle, le retour de la stabilité pourrait importer autant que le fait de réduire les tarifs.