Publié par Sherry Cooper
Baisse plus importante que prévu du PIB canadien au T2.
La tourmente tarifaire fait mal
Statistique Canada a publié les données du PIB au T2, révélant une évolution de -1,6 % (taux annuel désaisonnalisé), ce qui concorde avec la prévision de la Banque du Canada, mais qui dénote une plus grande faiblesse que selon les prévisions du consensus. La contraction reflète surtout une nette diminution des exportations, qui ont baissé de 26,8 % et réduit la croissance totale du PIB de 8,1 points de pourcentage. Les investissements fixes des entreprises étaient faibles aussi, reculant de 10,1 % principalement du fait d’une baisse de 32,6 % des dépenses en matériel.
Les exportations ont diminué de 7,5 % au deuxième trimestre, après avoir augmenté de 1,4 % au premier trimestre. En raison des droits de douane imposés par les États-Unis, les exportations internationales d’automobiles et de camions légers ont fortement reculé (-24,7 %) au deuxième trimestre. Les exportations de machines, matériel et pièces industriels (-18,5 %) et celles des services de voyages (-11,1 %) ont aussi diminué.
Dans le contexte des contre-mesures tarifaires imposées par le gouvernement canadien sur les importations en provenance des États-Unis (mesures maintenant annulées), les importations ont affiché une baisse de 1,3 % au deuxième trimestre, après une croissance de 0,9 % au trimestre précédent. La diminution des importations d’automobiles (-9,2 %) et de services de voyage (-8,5 %; Canadiens voyageant à l’étranger) a été atténuée par la hausse des importations de produits intermédiaires en métal (+35,8 %), en particulier or, argent et métaux du groupe du platine sous forme brute.
Les prix des exportations (-3,3 %) et des importations (-2,3 %) ont diminué au deuxième trimestre, les entreprises ayant probablement absorbé une partie des coûts supplémentaires des droits de douane en diminuant les prix. Compte tenu de la baisse plus prononcée des prix des exportations, les termes de l’échange, c’est-à-dire le ratio du prix des exportations au prix des importations, ont reculé de 1,1 %.
Les données ne sont toutefois pas entièrement négatives. La résilience des consommateurs est évidente. Les dépenses de consommation des ménages ont accéléré au T2. Les dépenses personnelles ont augmenté de 4,5 %, comparativement à 0,5 % au T1. Les dépenses gouvernementales ont aussi augmenté.
L’activité économique a également profité d’une amélioration dans le secteur de l’habitation. L’investissement résidentiel a progressé de 6,3 %, alors qu’il avait baissé de 12,2 % au premier trimestre de l’année.
La demande intérieure finale a grimpé de 3,5 % (taux annualisé), reflétant la résilience et peut-être un boycottage, de la part des Canadiens, des voyages aux États-Unis et des produits américains. Cependant, la croissance des revenus n’a été que de 0,7 % d’une année à l’autre, ce qui a fait perdre 1 point de pourcentage au taux d’épargne, à 5,0 %, et qui limitera peut-être la capacité des consommateurs à continuer de dépenser.
Les stocks de produits finis et d’intrants du processus de production ont augmenté de 26,9 %, conséquence de l’accumulation au T1 de réserves de biens qui allaient être frappés de nouveaux tarifs douaniers.
Le T2 était faible, mais le PIB de juin était peut-être le plus décevant, à -0,1 % d’un mois à l’autre, deux dixièmes de point de moins que les prévisions du consensus. Contre toute attente, la production manufacturière a perdu 1,5 %. Les résultats pour les services sont mitigés, des gains dans le commerce de gros et le commerce de détail compensant en partie une faiblesse générale. L’estimation éclair pour juillet était de +0,1 % (plutôt optimiste au vu de la faiblesse des données disponibles). Au vu des chiffres de juin, le résultat pourrait être très différent.
Dans l’édition de juillet de son Rapport sur la politique monétaire, la Banque du Canada prévoyait -1,5 % pour le PIB au T2, donc très près de la réalité. Quoi qu’il en soit, la vigueur de la demande intérieure met en lumière la résilience de l’économie. Au T3, la croissance paraît jusqu’à présent plus faible que le +1 % estimé par la Banque (ce serait plus près de 0,5 %), mais il est encore tôt dans le trimestre et les choses pourraient changer.
En somme
La probabilité que la Banque du Canada réduise les taux d’intérêt à sa prochaine réunion, le 17 septembre, ne dépasse pas 50 %. D’ici là, il y aura les résultats de l’Enquête sur la population active pour le mois d’août, attendus le 5 septembre, et les données sur l’inflation en août, attendues le 16 septembre. Il faudrait que les deux rapports traduisent une grande faiblesse pour qu’on voie une réduction de taux au Canada le mois prochain.
Aux États-Unis, une réduction de taux est bien plus probable, comme l’a récemment laissé entendre le président de la Fed Jay Powell lors de la rencontre annuelle de Jackson Hole. La lutte entre la Maison-Blanche et la Fed s’est intensifiée quand le président Donald Trump a décidé de renvoyer la gouverneure Lisa Cook, première femme noire membre du conseil, nommée par Joe Biden. Si Trump obtient son départ, il pourrait disposer d’une majorité au conseil de la Fed, ce qui lui permettrait éventuellement de dicter la politique monétaire.
Trump voudrait que les taux d’intérêt soient beaucoup plus bas aux États-Unis. Même s’il a gain de cause cependant, seuls les taux à court terme baisseraient. La perte d’indépendance de la Fed pourrait mener à des taux à long terme plus élevés, ce qui pourrait faire grimper les taux hypothécaires fixes au Canada. De plus, les pressions inflationnistes pourraient s’intensifier, exerçant une pression haussière soutenue sur les rendements obligataires. L’attrait potentiel des prêts hypothécaires à taux variable en serait réduit.