Publié par Sherry Cooper
Le marché canadien du travail a perdu 24 800 emplois en janvier, mais le taux de chômage a baissé, à 6,5 %.
La croissance de l’emploi au Canada a nettement ralenti en janvier, alors que le taux de chômage chutait, à 6,5 %
Les données de janvier de l’Enquête sur la population active publiées aujourd’hui sont plus faibles que prévu. L’emploi a reculé de 24 800 (−0,1 %), et le taux d’emploi a diminué de 0,1 point de pourcentage, à 60,8 %. À la suite d’à peine un modeste gain en décembre, il s’agit de la première baisse du taux d’emploi depuis août 2025.
La baisse de l’emploi à temps partiel (−70 000; −1,8 %) observée en janvier a été contrebalancée en partie par l’augmentation de l’emploi à temps plein (+45 000; +0,3 %). Par rapport à 12 mois plus tôt, l’emploi global était en hausse de 134 000 (+0,6 %), en raison de l’augmentation enregistrée dans le travail à temps plein (+149 000; +0,9 %).
Le nombre d’employés du secteur privé a diminué de 52 000 (−0,4 %) en janvier, ce qui a partiellement contrebalancé l’augmentation nette de 128 000 (+0,9 %) enregistrée au cours des trois derniers mois de 2025. Le nombre d’employés du secteur public (+13 000; +0,3 %) et le nombre de travailleurs autonomes (+14 000; +0,5 %) ont peu varié en janvier.
Le taux de chômage a reculé de 0,3 point de pourcentage pour s’établir à 6,5 % en janvier, en raison d’une baisse du nombre de personnes à la recherche de travail. Le taux de chômage en janvier était à son plus bas niveau depuis septembre 2024. Il était en baisse de 0,6 point de pourcentage par rapport au récent sommet de 7,1 % enregistré en août et en septembre 2025.
Le taux d’activité – la proportion de la population âgée de 15 ans et plus qui occupe un emploi ou est à la recherche de travail – a reculé de 0,4 point de pourcentage pour s’établir à 65,0 % en janvier, après avoir augmenté de 0,2 point de pourcentage en décembre. La baisse de janvier s’est concentrée en Ontario, centre névralgique du secteur automobile, du secteur manufacturier en général et de la production d’acier. De récentes données indiquent que le nombre d’emplois de débutant a fortement baissé, sans doute par suite de leur remplacement par l’intelligence artificielle.
Le taux de chômage a diminué dans la plupart des principaux groupes démographiques en janvier, en grande partie en raison de la baisse du nombre de personnes à la recherche de travail.
Les emplois manufacturiers ont souffert des tarifs douaniers et de l’incertitude du commerce
Le nombre de personnes travaillant dans le secteur de la fabrication a diminué de 28 000 (−1,5 %) en janvier, ce qui a ramené l’emploi à un niveau observé pour la dernière fois en août 2025. La baisse de janvier s’est concentrée en Ontario. Par rapport à un an plus tôt, l’emploi total dans la fabrication était en baisse de 51 000 (−2,7 %).
Le nombre de travailleurs a aussi diminué dans le secteur des services d’enseignement (−24 000; −1,5 %) et dans celui des administrations publiques (−10 000; −0,8 %) en janvier. L’emploi dans ces deux secteurs a peu varié par rapport à un an plus tôt.
Par ailleurs, l’emploi a augmenté dans le secteur de l’information, de la culture et des loisirs (+17 000; +2,0 %) en janvier, ce qui a poursuivi la tendance à la hausse amorcée en septembre 2025. Par rapport à un an plus tôt, l’emploi dans ce secteur était en hausse de 30 000 (+3,6 %) en janvier.
L’emploi a aussi progressé dans le secteur des services aux entreprises, des services relatifs aux bâtiments et des autres services de soutien (+14 000; +2,1 %) en janvier; il s’agit de la première hausse depuis octobre 2024. L’emploi dans ce secteur avait précédemment suivi une tendance à la baisse pendant la majeure partie de 2025. Par rapport à 12 mois plus tôt, l’emploi dans les services aux entreprises, les services relatifs aux bâtiments et les autres services de soutien était en baisse de 38 000 (−5,3 %) en janvier.
En somme
La Banque du Canada a rappelé que son mandat premier est la stabilité des prix, ce qui laisse effectivement à la politique budgétaire la tâche de réduire l’écart de production. Or, l’apport de la politique budgétaire, sous forme de grands projets d’immobilisations, se matérialisera trop lentement pour réellement compenser la faiblesse à court terme de l’activité. Si les mises à pied continuent au rythme actuel et si les États-Unis se retiraient de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique, un nouvel effort d’assouplissement monétaire deviendra nettement plus pertinent.
Hormis ce scénario pessimiste, la voie la plus plausible est celle d’une normalisation lente et limitée de la politique. Les prix du marché anticipent actuellement une hausse du taux directeur comme prochaine action de la Banque du Canada, mais elle reste improbable d’ici 2027. Si la faiblesse de la population active et la hausse des coûts hypothécaires par suite de l’énorme volume de renouvellements hypothécaires de cette année, en combinaison avec des pertes d’emploi entraînées par l’IA, affaiblissent l’économie, la Banque du Canada pourrait être disposée à réduire le taux directeur plus tard cette année. L’incertitude a déjà affaibli sensiblement le marché de l’habitation, malgré la baisse des prix des maisons et des taux hypothécaires de la dernière année.