Publié par Sherry Cooper
Le Canada entre en récession technique, le PIB ayant baissé de 0,1 % au T1 2026 sur une base annualisée..
L’économie canadienne passe en récession technique pour la première fois depuis 2020
Statistique Canada rapportait ce matin que l’économie canadienne s’est légèrement contractée, de 0,1 % (taux annuel désaisonnalisé), au premier trimestre (T1) de 2026. Le T4 2025 s’était soldé par une contraction de 1 %, chiffre révisé à la baisse par rapport au recul de 0,6 % précédemment indiqué.
La hausse des importations de biens, en particulier l’or, a été contrebalancée par l’accumulation des stocks des entreprises. La baisse des dépenses en immobilisations des entreprises et des administrations publiques a quant à elle été contrebalancée par la croissance des dépenses des ménages, la demande intérieure finale affichant un léger recul de 0,1 %.
Le PIB réel par habitant a augmenté de 0,2 % au T1 2026, puisque la population a diminué pour un deuxième trimestre consécutif et le PIB est resté inchangé.
La baisse du T1 a causé la surprise par rapport aux prévisions. Les économistes sondés par Bloomberg s’attendaient à une hausse de 1,5 % (taux annualisé) au T1, ce qui concordait avec la projection de la Banque du Canada.
Le Canada avait connu deux trimestres consécutifs de croissance négative la dernière fois en 2020, pendant la pandémie de COVID-19. La fois précédente était en 2015, dans un contexte de faibles prix pétroliers.
Le dollar canadien a fléchi après la publication des données du PIB. Il se transigeait à 1,3822 $ CA par dollar américain à 8 h 58 à Ottawa. Les rendements des obligations du gouvernement canadien ont aussi baissé, l’écart d’avec les bons du Trésor se prolongeant. Le taux des obligations de référence de deux ans a perdu 5 points de base, s’établissant à 2,792 %.
Les données plus faibles du PIB coïncident avec un marché du travail affaibli, ce qui assombrit les perspectives de l’économie canadienne alors que les tarifs douaniers américains continuent d’entraver certaines entreprises.
En somme
L’activité économique connaît un affaiblissement inattendu dans un contexte de pression politique soutenue liée à la question de l’abordabilité et alimentée par la flambée des prix pétroliers en conséquence de la guerre en Iran et de la fermeture du détroit d’Ormuz. Comme les données sur l’inflation au Canada en avril étaient plus modérées que prévu, la Banque du Canada maintiendra sans doute le statu quo pour le moment.
Selon une estimation préliminaire des données pour l’industrie en avril, l’économie aurait progressé de 0,4 % grâce à des augmentations dans l’extraction minière, l’exploitation en carrière et l’extraction de pétrole et de gaz, ainsi que dans la fabrication, les transports et l’entreposage. En mars, l’activité avait baissé de 0,1 %.
Tout au contraire de ce qui se voit aux États-Unis, l’investissement des entreprises canadiennes en immobilisations a connu un cinquième déclin consécutif au T1. Il a baissé de 3 % sur une base annualisée, par suite en particulier de dépenses moindres sur des ouvrages de génie. Aux États-Unis, les investissements des entreprises sont en forte hausse, notamment les dépenses consacrées à des centres de données pour l’IA.
L’investissement en bâtiments résidentiels a diminué de 2,0 % au T1 2026, après avoir reculé de 2,4 % au T4 2025. La baisse enregistrée au T1 est principalement attribuable à la faiblesse persistante de l’activité de revente de logements (appelée « coûts de transfert de propriété »), qui a reculé de 9,9 % au T1 2026 après avoir diminué de 3,4 % globalement en 2025. Au T1 2026, les constructions résidentielles neuves ont affiché une légère baisse de 0,1 %, principalement attribuable à la diminution de l’écoulement (l’indicateur des ventes) des unités terminées, tandis que les travaux de mise en place pour des maisons en rangée et des appartements ont augmenté.
Les dépenses gouvernementales en investissements ont aussi baissé, de 9,6 % (taux annualisé), après une forte augmentation des dépenses en systèmes d’armement au T4 2025. Statistique Canada note que malgré la baisse, les 8,3 milliards de dollars consacrés à des systèmes d’armement au T1 restent nettement au-delà des dépenses trimestrielles moyennes enregistrées depuis 1981.
Les dépenses des ménages ont augmenté de 1,5 % (taux annualisé) au T1, à la faveur notamment des dépenses plus élevées sur des services financiers. Les données indiquent toutefois que les Canadiens ont freiné les dépenses en voyages et en achats de véhicules.
Le taux d’épargne des ménages a diminué à 3,5 %, son niveau le plus bas depuis le T1 2024. Les dépenses ont augmenté plus vite que les revenus.
Par ailleurs, les revenus des entreprises ont augmenté pour un troisième trimestre consécutif, avec une hausse de 1,6 % pour le trimestre. Voilà qui aide à comprendre l’appréciation continue des marchés boursiers.
Les importations ont bondi de 12 % (taux annualisé). Les expéditions d’or ont été contrebalancées par l’accumulation des stocks des entreprises.
Les exportations ont faibli de 0,5 %. La baisse est surtout sensible pour les voitures automobiles et les camions légers, qui ont souffert des droits de douane américains. Une bonne part du recul a été contrebalancée par une hausse des exportations de pétrole brut et de bitume ainsi que de gaz naturel.
La demande intérieure finale a perdu 0,4 %, après une hausse de 2,7 % au trimestre précédent.
Tout considéré, je m’attends à ce que la Banque du Canada maintienne le statu quo lors de son annonce du 10 juin. Vendredi prochain, nous aurons le rapport sur l’emploi en mai. Il sera sans doute encore mitigé, ce qui incitera le Conseil de direction à laisser le taux directeur à 2,25 % pour une quatrième fois de suite, choisissant de regarder au-delà de l’effet à court terme des prix pétroliers majorés sur l’inflation tout en surveillant la conjoncture économique affaiblie.